LA CONNAISSANCE QUI ENGLOBE
TOUT
(Atmâ Sakshatkara)
STROPHE PROPITIATOIRE DE SHRI BHAGAVAN
L'Atmâ -Sakshatkara qui fut enseigné par Ishwara, le Soi (de tous),
à son fils Guha, est à présent exposé en tamil par le même Seigneur,
le demeurant en moi, le Primordial et le Suprême.
TEXTE
1 et 2. Je te dirai, Ô Guha ! Une autre méthode au moyen de laquelle même l'Absolu inconditionné, intangible, subtil et immanent, peut être réalisé
d'une façon parfaite, ce par quoi les Sages deviennent eux-mêmes Shiva. Jusqu'ici cela n'a pas été exposé à quiconque.
Maintenant écoute !
3. Cette méthode a été transmise par une lignée de Gurus, mais on ne la trouve pas encore expliquée dans les différents recueils doctrinaux. Son propos est de
nous sauver des liens du samsâra. Elle est transcendante et s'applique à tous.
4 et 5. « Je suis celui qui est immanent en tous, l'esprit de tous, que l'on trouve partout, qui est de la nature des principes fondamentaux
(tattvas), incompréhensible, régissant tout, au-delà des principes fondamentaux, au-delà de la parole et du mental, et sans nom ». Telle devrait être l'adoration tout en gardant le mental
parfaitement serein.
6 et 7. Ce qui est inconditionné, Connaissance absolue, éternel, durable,
infini, indescriptible,
qui n'est pas l'effet d'une cause antérieure, sans pareil et sans forme,
impérissable calme,
transcendant les sens, non-manifesté et cependant vérifié sans nul doute,
Cela est Moi-même.
8. Je suis certainement le Dieu Suprême dont l'être même constitue tous les mantras
et qui les transcende et s'étend au-delà de la création et de la destruction.
9. Je pénètre tout ceci – le visible et l'invisible, le mobile et l'immobile –,
Je suis sûrement le Seigneur de tous et tous irradient de Moi.
10. Cet Univers, comprenant les mondes et divisé en plusieurs formes,
de la Shakti jusqu'à la Terre, est tout en Moi.
11. Tout ce qui est vu ou entendu dans l'Univers
tant à l'intérieur qu'à l'extérieur est pénétré par Moi.
12. Celui qui pratique un culte, pensant qu'il est un Soi séparé de Shiva le Suprême,
agit par ignorance et ne peut pas devenir lui-même Shiva.
13. Abandonnant ton entité séparée en tant que distincte de Shiva,
médite constamment sur l'identité non-duelle :
« Je suis Celui qui est connu en tant que Shiva ».
14. Celui est est établi dans la contemplation de l'identité non-duelle
se fixera dans le Soi de tous et réalisera l'Unique immanent, tout-pénétrant.
Nul doute à ce sujet.
15. Il a la sagesse parfaite celui qui est yogi, fermement établi dans la non-dualité,
et affranchi des pensées.
16. Le Soi qui dans les Ecritures est décrit comme le Seigneur non-né, sans formes ,
ni qualités, est mon Soi.
Nul doute à ce sujet.
17. Celui qui n'est pas éveillé au Soi, est un animal assujetti à la création,
la préservation et la destruction,
tandis que celui qui est toujours en éveil est Shiva, éternel et pur.
Nul doute à ce sujet.
18. En distinguant soigneusement le transcendant du contingent,
le subtil du grossier,
le Soi doit toujours être scruté et réalisé par les vigilants.
19. Le transcendant est le Suprême, et il est aussi le Nirvâna,
tandis que le contingent est sujet aux conditions du créé.
Les mantras représentent le côté grossier
tandis que la méditation représente le côté subtil.
20 et 21. O Shadanana (Dieu aux six visages) !
Pourquoi s'exprimer en tant de mots ?
La non-multiplicité de la forme existe uniquement dans le Soi ;
les formes sont manifestées par le mental confus ;
elles sont objectivement créées en simultanéité avec les pensées qui les conçoivent.
22. La Connaissance du Soi t'a donc été brièvement énoncée.
Par sa connaissance on réalise que toute chose est Atman uniquement.
23. Il n'y a pas de place pour les dieux, les Védas, les sacrifices
ou les offrandes dans cet exposé.
Etablis-toi dans la Réalisation du Soi qui est pur et tout-embrassant.
24. Pour ceux qui sont submergés dans l'Océan de la destinée
et qui désirent la protection,
il n'y a pas de refuge autre part que dans la Connaissance du Soi.
25. Celui qui s'établit en tant que le Soi et qui en est pleinement conscient
est délivré sans aucun effort de sa part,
même s'il lui advient d'être engagé dans l'action.
26. Il n'y a pas d'accomplissement supérieur au Soi.
Réalise ce Soi qui est au-delà de l'ego.
27. Il n'est ni prâna ni aprâna, ni quelque organe ou quelque sens.
Médite sur le Soi qui est éternel, parfait et pleinement sage.
28. Ne concentre pas le mental au-dedans ou au-dehors,
ni près ni loin, mais sur la pure Transcendance.
29. Réalise le Soi comme étant toujours ni au-dessus ni en dessous,
ni d'un côté ni d'un autre, ni à l'extérieur ni à l'intérieur,
mais comme étant éternel et resplendissant au-delà du vide sublime.
30. Réalise le Soi comme pénétrant et subsistant dans le vide et dans le non-vide,
comme différent à la fois du vide et du non-vide,
non pas comme intermédiaire entre eux,
non pas comme partiellement vide et partiellement non-vide.
31. Réalise que le Soi est pur, sans support, au-delà de la caste, de la croyance,
du nom ou de la forme, inaltérable et inconditionné.
32. Réalise que le Soi est sans demeure, sans support, immensurable,
sans égal, intrinséquement pur et éternel.
33. Renonçant à toutes les activités, sans-désir et non-attaché de quelque manière, demeurant dans le Soi, il faut méditer sur le Soi, avec le Soi et dans le Soi.
34. Que l'homme sage médite sur le Soi après s'être dépouillé des idées de lieu, de caste, de croyance et des devoirs qui s'y rattachent.
35. « Ceci est le mantra à répéter ! » .
« Ceci est le dêvata à adorer ! » . « Ceci est la méditation ! ».
« Ceci est la pénitence ! ».
- Extirper toutes ces pensées et chercher le Soi.
36. Rendant la méditation abstraite et sans support sensible
et fixant le mental sur le Soi, demeure inagité par les pensées.
37. Cela n'est pas quelque chose à quoi l'on puisse penser,
ni quelque chose à quoi l'on ne puisse pas penser ;
c'est à la fois pensée et non-pensée.
Réalise le Soi qui n'est pas conditionné de quelque manière.
38 et 39. Sans permettre au mental de s'accrocher à quoi que ce soit,
applique-toi toujours à ce qui transcende la pensée.
Ce bonheur trouvé dans l'état de vide et de pureté est également inhérent au Soi,
non-distrait, inimaginable, il n'est pas le résultat de quelque cause antérieure ;
il est aussi incomparable. Il est dit être le meilleur, le plus haut et sans pareil.
40. Sans être distrait par les sens, libère le mental de sens fonctions.
Quand il se transcende soi-même, il en résulte la béatitude la plus haute.
41. Le yoga doit être pratiqué sans cesse où que l'on soit.
Il n'y a pas de différence en Jnâna quelles que puisse être
la caste ou la condition de l'individu.
42. Tout comme le lait est uniformément blanc
bien qu'il soit tiré de vaches aux différentes couleurs,
de même la Réalisation est uniforme
pour tous les individus quelle que soit la croyance.
43. Brahman est partout, immanent à tous et tout-pénétrant.
Ses qualifications ne sont pas réelles.
Donc ne prête pas attention aux détails,
mais concentre-toi sur le Brahman absolu.
44. Pour celui qui est établi dans le Suprême Soi il n'y a rien à accomplir ;
donc il ne récolte pas les fruits de ses actions, pas plus qu'il n'est obligé d'être actif.
Il n'y a pas de caste et de croyance distinctives ni de code de conduite.
45 et 46. Quels que soient son occupation et le milieu où il puisse se trouver,
celui qui est établi dans le Soi est toujours en repos ;
et celui qui se satisfait du Soi est toujours pur.
47. « Je suis mouvant et pourtant ne vais ni ne vais,
car il n'y a pas de mouvement pour moi.
Je ne suis pas né et ne renaîtrai jamais ;
car ce qui relève du corps ne me concerne pas. »
48. « Les actions sont du corps, et le corps est le résultat des actions.
Je n'agis d'aucune façon ni ne suis associé au corps ».
Ainsi pense le parfait, le régénéré.
49. « En outre le corps n'est pas pour moi servitude, car je suis à jamais libre ;
les accessoires physiques ne peuvent jamais affecter le Soi ».
50. De même que la lumière brille, dissipant l'obscurité,
de même le Suprême Soi brille, dissipant l'ignorance.
51. De même qu'une lampe s'éteint spontanément si on ne l'alimente pas en huile,
de même l'ego s'éteint si l'on l'abandonne en méditant sans cesse
et en se fondant dans le Soi.
Il n'est pas de gain supérieur en Soi.
52. Quand un pot est déplacé d'un endroit à l'autre,
l'espace qui y est contenu semble se déplacer aussi
mais le mouvement est celui du pot et non celui de l'espace qu'il contient.
Il en va de même avec l'âme qui correspond à l'espace dans le pot.
53. Quand le pot est brisé, son espace intérieur se fond dans l'espace extérieur ;
de même à la mort du corps grossier (ou la forme conditionnée)
l'Esprit se fond dans l'Absolu.
54. C'est ainsi que la vérité a été exposée avec autorité
par le Maître omniscient et compétent.
Alors libère- toi de la servitude, et sois métamorphosé en l'Omniscient et l'Infini.
55. Laisse les Ecritures ; applique-toi au pur yoga de la réalisation du Soi ;
convaincu que rien ne dépasse cette Connaissance Suprême,
empêche le mental d'errer.
56. Engagé dans cette voie, le Sage se fond à jamais dans la Réalité inconditionnée,
il devient tout-pénétrant, atteint la Délivrance, il est établi immanent dans tous
– à l'intérieur et à l'extérieur – et se meut à volonté.
57. Devenant éthéré et pur, il se fond en Shiva – synonyme d'Omniscience,
satisfaction, conscience intemporelle, transcendance, puissance éternelle,
impérissable et infinie.
58 et 59. Il n'est lié par aucune des réglementations telles que les incantations,
le culte, les ablutions, le feu sacrificiel, ou autres actes rituels ;
il ne récolte pas le fruit des actions – vertueuses ou autres ;
il n'y a pas de culte des ancêtres pour lui ;
point n'est besoin pour lui d'observer des jeûnes à des dates ou occasions précises,
point ne lui est besoin non plus de se soucier de la renonciation,
de la famille ou du célibat et de leurs obligations.
60. Bois du nectar de la Connaissance-Shiva et conduis-toi à ton gré.
Tu es semblable à Shiva en immortalité et pureté,
mais non pas en pouvoir créateur, etc.
61. Tout ceci est la Vérité et rien que la Vérité.
O Guha ! Ceci est la Vérité dernière. Il n'y a rien d'autre à connaître.
62. Celui dont le mental, l'intellect et l'ego sont purs,
de même que les sens et leurs perceptions,
celui-là est effectivement pur et il trouve toute chose également pure.
63. Renonce à marcher au travers du feu et à te baigner dans le Gange
et autres rivières ou dans les chutes d'eau ;
bois du nectar de la Suprême Connaissance-Shiva.
Sois à la forme du Seigneur éternellement et en toute pureté.
Tu n'as plus rien de commun avec la Création,
va à ton aise.
REPONSE DE SHIVA A LA DEESSE
(Dêvikâlottara)
INTRODUCTION DE SHRI MAHARSHI
Shri Dêvikâlottara est un des Agamas mineurs, et ce chapitre sur Jnâna-âchâra-vichâra qui en est un extrait constitue ce que le Suprême Shiva
accorda à sa Bien-Aimée – un discours sur la Sagesse à laquelle les âmes mûres sont initiées, et sur leur mode de vie.
Ainsi cet ouvrage, essence de tous les Agamas, est un merveilleux bateau qui enlève et emporte au rivage de la liberté ces âmes qui luttent avec
acharnement pour leur vie, tour à tour sombrant et émergeant de la mer du samsâra et de son enchaînement de naissances et de morts.
Puissent tous les aspirants, à l'aide de cet Agama, renoncer à leurs errements confus, prendre le sentier direct qui est inidiqué ici et
atteindre cette Demeure suprême de Béatitude immuable.

1. Dêvi : O Seigneur des êtres célestes ! Sois assez miséricordieux pour m'instruire des moyens de la Délivrance, du Jnâna et de la conduite des
Jnânis, afin que, entendant cela, la Délivrance en résulte pour tous.
2. Ishwara : O ma beauté ! Je vais te décrire sans tarder la conduite des Jnânis, en raison de laquelle ils sont absous de tous pêchés et délivrés
du samsâra.
3. Pas même des millions de livres ne pourront impartir la vraie connaissance à ceux qui sont incapables de la trouver dans le Kala Jnâna (le
présent Agama)
4. Donc, que l'homme sage soit sans crainte, sans incertitude, libre du désir, fervent, résolu et persévérant dans le Jnâna, comme il est expliqué
ici.
5. Que l'aspirant à la Délivrance se conduise de façon désintéressée et généreuse, qu'il accorde de l'aide à tous, qu'il fasse pénitence et qu'il
étudie cet Agama.
6. Il est Brahman, il est Dêva, il est Vishnu, il est Indra, il est le Skanda aux six visages, il est le Guru de tous les Dêvas (Brihaspati), il
est le Yogi, et lui seul est riche en tapas.
7. Celui-là seul est savant, celui-là seul est heureux et victorieux dont le mental n'est plus instable comme l'air mais tenu ferme.
8. Cela est la voie de la Délivrance, cela est la vertu la plus haute, cela est la sagesse, cela est la force et cela est la récompense de ceux qui
cherchent.
9. La stabilisation du mental agité est le seul vrai pélerinage, la seule aumône à accomplir et la seule pénitence.
10. Le mental qui se tourne vers l'extérieur est samsâra ; lorsqu'il est stable il est Moksha (Délivrance). Donc que le mental soit tenu ferme par
la suprême Sagesse.
11. Là où il y a le bonheur pur et ininterrompu (dans la solitude), il y a l'Infini. Y a-t-il un homme sage qui ne se délectera pas dans la Réalité
absolue et inébranlable ?
12. Celui qui s'est abstenu des plaisirs sensuels et s'est consacré à la sagesse pure et inaltérable est sûr de réaliser le Moksha éternel, même
s'il ne le cherche pas consciemment.
13. La simple conscience d'être en tant que Conscience (Chaitanya) est elle-même Shakti, et tout ce monde est la projection de cette Shakti.
Le vrai Etat de Connaissance est celui dans lequel le mental n'est pas attaché à cette Shakti.
14. La reconnaissance du monde en tant que la manifestation de la Shakti est l'adoration de la Shakti; La pure Connaissance, non reliée
aux objets, est absolue.
15. Ne perds pas de temps à méditer sur les chakras, nâdis, palmas, ou mantras des divinités, ou sur leurs formes.
16. Si tu désires le Moksha éternel ne t'engage pas dans des pratiques yogiques ou dans des incantations, ou tout autre chose de la sorte.
17. Il n'y a pas de culte, ou de prière, ou d'incantation, ou de méditation, ou de chose à connaître en dehors du Soi.
18. Les mentaux qui se tournent vers l'extérieur se forgent à eux-mêmes les chaînes de l'esclavage. Contrôler le mental qui se tourne vers
l'extérieur nous libère de la misère du monde.
19. Il n'y a rien au-dedans ou au-dehors, en haut ou en bas, à mi-chemin ou de côté. Ce qui est parfait revêt toutes les formes - mais sans aucune
forme définie en soi - et brille de sa propre Conscience.
20. Puisque tout ce qu'un individu voit, pense et cherche à accomplir par ses actes, influence sa destinée, qu'il médite sur ce qui est au-delà de
la perception et même de l'imagination.
21. Il n'y a en vérité pas de cause, pas de résultat et pas d'action ; tout cela est chimérique. Il n'y a pas de monde ni aucun habitant en
celui-ci.
22. L'Univers n'a pas de support externe, et n'est pas non plus connu de l'extérieur ; mais il devient tel qu'on le conçoit.
23. Celui qui ne médite pas sur le Vide éthéré et tout-pénétrant, s'empêtre dans le samsâra comme le ver à soie dans le cocon qu'il file
lui-même.
24. Quelle que soit la naissance et en quelque genre que ce fût, l'individu endure une misère sans fin et renouvelée à chaque naissance ; pour
écarter ceci il faut méditer sur le Vide infini.
25. La voie n'a été prescrite qu'en vue d'acquérir la Connaissance. Détourne-toi de toute sorte de Yoga entraînant l'action et médite sur le
Vide.
26. Seuls ces héros, qui avec la flèche du Vide, ont transpercé toutes les régions de la plus haute à la plus basse, sont considérés comme
Connaisseurs de ce Vide.
27. En fixant le mental errant (plus malicieux encore qu'un singe) dans le Vide absolu, on atteint le Nirvâna.
28 et 29. Puisse-t-il jouir de la béatitude celui qui réalise le Suprême béatifique et sans forme, qui est tout-pénétrant comme l'éther, manifesté
en tant que les tattwas (principes fondamentaux) eux-mêmes, mais séparé du corps, non allié aux perceptions telles que "je suis", mais pure conscience qui enveloppe tout.
30. De même que le feu s'éteint automatiquement si on ne l'alimente pas en combustible, de même le mental s'éteint s'il n'est pas alimenté en
pensées.
31 et 32. Détourne-toi de la confusion, de l'ignorance, de l'illusion, du rêve, du sommeil ou de la veille ; car le Suprême est différent du corps
grossier, du prôna subtil, de la pensée, de l'intellect et de l'ego ; médite sur Chit (Conscience) et deviens un avec elle.
33. Souvent le mental s'égare dans la rêverie ou s'endort ; sois vigilant et tourne-le chaque fois vers son état primordial.
34. Dès lors qu'il devient stable le mental doit être laissé tranquille ; il ne faut penser à rien, mais le mental doit uniquement être stabilisé
dans son état originel.
35. Le mental cherche attachement et cela l'amène à vaguer. Détruis ses attachements de manière à le tourner vers l'intérieur et là, le stabiliser.
Ne le dérange pas quand il est là.
36. Tout comme l'espace est inaffectif au contact des éléments, de même notre Etat Primordial est inaffectif au contact des objets. Médite
cela.
37. C'est alors seulement que le but de la vie est atteint. Seule la pure Connaissance est capable de tenir ferme le mental frivole.
38. Le mental ne devait pas s'arrêter sur ce qui est au-dessus , au-dessous, à mi-chemin, ou à l'intérieur ; il devrait toujours demeurer
non-attaché.
39. S'il est endormi, réveille le mental ; s'il est distrait, dompte-le ; s'il n'est ni endormi ni distrait, ne le trouble pas.
40. Quand le mental n'a plus ainsi rien à quoi s'accrocher, qu'il ne s'agrippe à rien et qu'il est tout à fait libre des pensées, cela indique
Mukti.
41. Sauve le mental des qualifications, rends-le pur et fixe-le dans le Coeur. Cette conscience qui se manifeste clairement après cela doit seule
être visée et âprement recherchée.
42. Ceux qui médite sur le Vide absolu et qui pratiquent dans ce but s'établissent dans cet état ineffable situé au-delà de la naissance et de la
mort.
43. Dieux et déesses, mérites, démérites et leurs fruits, connaissance du support et du supporté, sont tous signes de servitude dans le
samsâra.
44. Les qualités sont les couples d'opposés ; détourne-t'en et la réalisation la plus haute en résulte. Un tel yogi est le Jivanmukta ; lors du
rejet du corps ile devient Vidêhamukta.
45. Jamais un homme sage ne devrait abandonner le corps par dégoût ; il meurt de lui-même dès que le prârabdha karma est épuisé.
46. Dans le Coeur il y a la Conscience infinie "Je-Je", qui est à la fois pure et constante ; lors de l'extirpation de l'ego ceci se manifeste et
conduit au Moksha.
47. Un tel "Je" est "Cela" qui est au-delà des qualifications et éternel comme la Conscience. En contemplant sans désemparer ce "Je-Je" en tant que
Shiva, affranchis-toi des attachements.
48. Romps toute relation de pays, de statut, de caste et de ses devoirs, et pense toujours à ton propre état naturel.
49. Je suis seul et rien n'est à moi et je n'appartiens non plus à rien d'autre ; je ne puis trouver personne à qui j'appartienne ou qui soit à
moi.
50. Je suis le Suprême Brahman ! Je suis le Seigneur de l'Univers ! Telle est la conviction établie du Mukta ; toutes les autres expériences mènent
à la servitude.
51. Quand il est réalisé clairement que le Soi n'est pas le corps, celui qui le réalise obtient la paix et se libère de tous les désirs.
52. Celui qui dans les Ecritures est décrit comme le Seigneur de tous, non-né, toujours-existant, est le même que le Soi non incorporé, non
qualifié dans chaque être. Je suis Lui sans aucun doute.
53. Je suis Conscience pure et simple ; je suis toujours libre ; je suis indéterminable, ni saisi ni perdu, mais indescriptible. Je suis donc
Brahman, en béatitude à jamais.
54 et 55. Je suis ce qui est couvert de la tête aux pieds, au-dedans et au-dehors, jusqu'à la peau qui enveloppe, mais comme j'en suis aussi séparé
et immortel,
je suis le Soi vivant, conscient et toujours présent.
Je suis le Seigneur de tous, l'immuable et le mouvant.
Je suis le père, la mère, et les grands-parents.
C'est Moi que les aspirants à la Mukti contemplent
étant établis dans le quatrième état
(c'est-à-dire, l'état du Turiya - celui qui est au-delà des états de veille,
de rêve et de sommeil).
56. Moi seul suis digne d'adoration parmi les dieux et les hommes, les serpents, les êtres célestes, les sacrifices, etc., et tous n'adorent que
Moi seul.
57. Tous n'adorent que moi par la pénitence purificatrice, ou en faisant des dons variés. Toute création est en Moi et Je suis leur Être.
58. Je ne suis ni grossier, ni subtil, ni vide ; Je suis Conscience vive et l'unique Refuge de l'univers. Je suis le Seigneur de tous, pur et
éternel, non limité par le rêve et les autres états, mais transcendant toute création.
59 et 60. Discerne à chaque pas que Je suis tout ce qui est sans commencement, conscient, non-né, primordial, résidant dans la cavité du Coeur,
immaculé et transcendant le monde, tout ce qui est pur, sans pareil, sans désir, au-delà de la vue ou de toute autre perception mentale.
Tout ce qui est éternel est Brahman.
Celui qui est inébranlable dans une telle certitude est sûr
de se changer en Brahman et d'être immortel.
61. Ma Beauté ! Ainsi vient d'être exposée ici la connaissance qui fait gagner la Délivrance. Ecoute maintenant la conduite de l'Illuminé.
62. Il ne requiert ni ablution, ni prière, ni culte, ni homa (culte du feu), ni autre discipline ; il n'a pas besoin de rendre un culte au feu ou
de s'adonner à quelque autre pratique comparable.
63. Il n'est pas lié par les règles disciplinaires, pas plus qu'il n'a besoin de fréquenter les temples pour l'adoration ; il n'a pas besoin
d'accomplir le srâddha ou d'aller en pèlerinage ou d'observer des voeux.
64. Il ne récolte pas les fruits des actions, qu'elles soient des rites religieux ou des activités du monde ; au contraire il est absous une fois
pour toutes de toute sorte d'action et de code de conduite.
65. Que l'aspirant abandonne usages conventionnels et pratiques coutumières, comme étant pour lui les chaînes de l'esclavage.
66. Qu'il n'accepte pas les pouvoirs thaumaturgiques ou les amulettes même lorsqu'ils lui sont directement offerts.
67. Car toutes ces choses sont semblables à des cordes qui servent à attacher une bête, et elles l'entraîneront certainement à sa perte. Ce n'est
pas là le chemin de la Délivrance Suprême ; elle ne se trouve pas ailleurs que dans la Conscience Infinie.
68. Il faut s'engager dans le Yoga par tous les moyens dont on dispose, quelque puisse être notre engagement par ailleurs. Il faut éviter les
réjouissances même si elles ont lieu dans les temples, les demeures des sâdhus ou autres lieux sacrés de ce genre.
69. La progression spirituelle ne tolère pas même le moindre mal fait à un ver, un reptile, un insecte, un arbre, ou à toute forme de vie.
70. Par conséquent qu'aucune vie végétale ne soit détruite, ni même les feuilles endommagées. Aucune peine ne doit être causée à quelqu'être ou
chose créée. Même les fleurs ne doivent pas être cueillies.
71 et 72. Même l'adoration rituelle doit être effectuée avec des fleurs tombées d'elles-mêmes des arbres. Il ne faut pas s'intéresser aux prières
malfaisantes et nuisibles, tel que le marana etc, (qui entraîne la mort des ennemis ou leur cause de la peine, ou qui attire les faveurs des grands ou l'amour de la personne aimée). L'adoration
des images ne doit pas constituer une fin en soi.
73. Abandonnant tout intérêt pour le culte des lieux et des images sacrées, et pour l'accomplissement des rites religieux qui leur sont propres,
applique-toi à la méditation sur le Chit (Conscience) universel.
74. L'absence de passion c'est l'équanimité dans le plaisir et la peine, parmi les amis et les ennemis, devant les cailloux ou devant l'or.
75. Un Yogi ne doit pas être fléchi par les désirs ni consentir à satisfaire les sens. Il doit trouver son ravissement dans le Soi seul,
libre du désir et de la crainte.
76. L'équanimité doit toujours être maintenue, que l'on soit loué ou diffamé ; une conduite égale doit être observée à l'égard de toutes les
créatures et il ne doit pas y avoir de discrimination entre le Soi et le non-Soi.
77. Disputes, fréquentations, profanes et querelles doivent être évitées. Il ne faut pas même s'adonner aux débats d'ordre spirituel, bons ou
mauvais.
78. Jalousie, diffamation, ostentation, passion, envie, amour, colère, peur et misère, tous doivent disparaître graduellement et
entièrement.
79. Quand un homme est libre des couples de contraires et vit dans la solitude, la parfaite sagesse brille en lui, même dans le présent
corps.
80. Puisque la Délivrance résulte de la Connaissance, les pouvoirs thaumaturgiques sont inutiles ; seul l'aspirant qui convoite encore
les jouissances profanes désire ces pouvoirs.
81. Si seulement l'âme connaît son vrai Maître, la Délivrance est certaine, accompagnée ou non de pouvoirs supra-humains.
82. Le corps est composé de cinq éléments et Shiva y réside ; de Shiva jusqu'à la Terre tout est manifestation de Shankarâ.
83 et 84. Les fervents chercheurs qui rendent un culte à la vie des Illuminés avec du parfum, des fleurs, de l'eau, des fruits, de l'encens, des
vêtements et de la nourriture, ou par la parole, l'acte et la pensée, sont absous séance tenante. En les louant, ils partagent leurs mérites, en les diffamant leurs démérites.
85. J'ai exposé l'ensemble de la Voie de Connaissance et la conduite qui s'y rapporte,
comme tu le désirais,
Que souhaites-tu savoir de plus ?
