Au huitième siècle de notre ère, le pur enseignement du Vêdânta
- la doctrine de l'Advaïta ou de la Non-dualité, essence même de l'hindouisme -
qui était sur le déclin, fut restauré dans toute sa vigueur par le grand
maître
spirituel Shri Shankarâ, connu aussi sous le nom de Shankarâchârya ou
"Shankarâ, le Maître".
Râmana Maharshi, qui était un parfait Jnâni, c'est-à-dire un être délivré de l'illusion et établi dans la Connaissance Absolue, reconnut l'enseignement
de Shri Shankarâ comme étant le sien propre.
De temps en temps il traduisait l'une ou l'autre des oeuvres du grand prédecesseur, soit spontanément soit à la requête de quelque fidèle qui ne lisait pas le sanscrit et demandait une version
tamile.
C'est d'après cette version tamile qu'à été faite la traduction anglaise, et d'après cette dernière la traduction française.
L'HYMNE DE SHANKARACHARYA

DEDIE A DAKSHINAMURTI

(Traduit d'après la version tamile de Bhagavan Shri Ramana Maharshi)
Selon les légendes hindoues, Dakshinamûrti
(qui signifie "manifestation sudique")
est Dieu ou Shiva manifesté sous la forme d'un adolescent.
Il est le divin Guru qui guide des disciples plus âgés que lui-même par l'influence silencieuse sur le Coeur.
Le nom est également scindé en Dakshina-amûrti et prend alors le sens de "Puissance Sans Forme".
Le Maharshi étant Shiva manifesté, le Divin Guru qui enseignait le Silence, fut donc identifié à Dakshinamûrti.
INVOCATION
Ce Shankâra qui apparut en tant que Dakshinamûrti pour donner la paix aux Grands Ascètes
(Sanaka, Sanandana, Sanat Kumara et Sanat Sujata),
qui révèla son état réel de Silence, et qui a exprimé la nature du Soi en cet Hymne, est établi en moi.
L'HYMNE
Celui qui enseigne par le silence la nature du Suprême Brahman, qui est un adolescent, qui est le plus éminent Guru,
entouré des disciples les plus doués demeurant fermement en Brahman, celui dont la pose de la main signifie l'illumination, celui qui est de la nature de la béatitude, qui se délecte de soi-même,
qui a une expression bénigne - c'est ce Père qui a forme de "manifestation sudique", que nous adorons.
A lui qui, par Mâyâ, comme en rêve, voit dans soi-même l'univers qui est en lui - telle une cité qui apparaît dans un miroir - (mais) qui est manifesté comme extérieur pour celui qui perçoit, au
moment de l'éveil, son propre Soi Unique :
à lui, le Guru primordial, Dakshinamûrti, à lui cette adoration !
A lui qui, comme un magicien ou même comme un grand yogi, deploie, de par son propre pouvoir, cet univers indifférencié au début comme le germe dans la graine, mais différencié ensuite selon
les conditions variées, de l'espace, du temps et du karma, posées par Mâyâ :
à lui, le Guru Dakshinamûrti, cette adoration !
A lui, dont la luminosité seule - qui est de la nature de l'existence - brille, pénétrant le monde objectif, qui est comme le néant ; à lui, instructeur de ceux qui le sollicitent par la formule
"Tu es Cela" ; à lui qui, s'il est réalisé, il n'y aura plus de chute dans l'océan des existences ; à lui qui est le refuge des ascètes,
le Guru Dakshinamûrti, à lui cette adoration !
A lui, qui est lumineux comme la lumière d'une lampe installée dans un vase percée de nombreux trous ; à lui, dont la connaissance sort par l'oeil et les autres organes sensoriels ; à lui, qui
resplendit en tant que "Je sais", et puis l'univers entier brille selon lui ;
à lui, l'immuable Guru Dakshinamûrti, cette adoration !
Ceux qui connaissent le "Je" en tant que corps, souffle, sens, intellect, ou Vide, sont abusés comme les femmes et les enfants, les aveugles et les sots, et ils parlent beaucoup.
A lui, qui détruit la grande illusion produite par l'ignorance ; à lui, qui enlève les obstacles à la connaissance,
le Guru Dakshinamûrti, à lui cette adoration !
A lui qui, au moyen de la pose de main signifiant l'illumination, manifeste à ses adorateurs son propre Soi qui brille à jamais à l'intérieur en tant que "Je", constamment, dans tous les états
inconstants tels que la première enfance, etc., l'état de veille, etc. - à lui, dont l'oeil a la forme du feu de la connaissance,
le Guru Dakshinamûrti, à lui cette adoration !
Au soi qui, abusé par Mâyâ, voit en rêve et à l'état de veille, l'univers dans ses distinctions telles que cause et effet, seigneur et serviteur, disciple et maître, père et fils, à lui,
le Guru du monde, Dakshinamûrti, cette adoration !
A lui dont l'octuple forme est tout cet unviers mouvant et immuable, apparaissant en tant que terre, eau, feu, air, éther, soleil, lune et âme, à lui le Suprême, le tout pénétrant, au-delà duquel
nul autre n'existe pour les chercheurs, à lui,
le gracieux Guru Dakshinamûrti, cette adoration !
Puisque dans cet Hymne l'état de Soi Universel a été ainsi expliqué, en l'écoutant, en réfléchissant à sa signification, en le méditant et en le récitant, il surgira une seigneurie en même temps
que la suprême splendeur de cet état de Soi Universel.
A partir de là sera réalisé, à nouveau, le pouvoir prodigieux, sans obstacles, qui se présente sous huit formes.