"Ô Roi, j'ai eu vingt-quatre gourous. C'est l'investigation que je menais avec mon intellect qui m'a permis de les comprendre. Grâce à ces âchâryas, je suis
parvenu à la connaissance et j'erre de par le monde comme un mukta (un libéré).
Comprends qui sont ces âchâryâs :
La terre, l'air, le ciel, l'eau, le feu, le soleil, la lune, un pigeon sauvage, un phyton, l'océan, une sauterelle, une abeille, un éléphant, un ramasseur de
miel, un cerf, Pingala la prostituée, un enfant, une petite fille, un archer un serpent et quelques autres. Parmi, les vingt-quatre, je n'en ai guère omis.
"La terre m'a appris la patience ;
L'air, l'omniprésence ;
Le ciel, le non-attachement ;
Le feu, l'incorruptibilité ;
L'eau, la pureté ;
Et la lune, la vérité que tous les changements concernent le corps et non le Soi.
"Le soleil brille également sur toutes choses, mais il n'est pas affecté par elles.
De cela, j'ai appris que bien que le yogi voie des objets, il ne doit pas être affecté par les gunas qui sont la cause de leurs interactions.
"Du pigeon sauvage, j'ai appris que quiconque s'attache à sa résidence sera déchu de sa position élevée.
J'ai compris qu'à l'image du python, on doit prendre toute nourriture qui se présente d'elle même.
L'océan m'a appris qu'il convient d'être placide, majestueux, impassible et insondable.
"La sauterelle qui tombe dans la flamme de la lampe est brûlée vive.
Voyant cela, j'ai compris qu'un homme qui tombe dans le feu du désir des femmes périt.
J'ai appris de l'abeille que l'on devrait prendre la nourriture nécessaire pour nourrir son corps sans obliger les autres à donner.
"Même le puissant éléphant mâle éprouve de la souffrance lorsqu'il entre en contact avec une femelle.
J'en ai tiré la leçon qu'un homme est aussi sujet à la souffrance s'il est touché par une femme ou s'il passe du temps parmi des femmes.
"Le ramasseur de miel vole aux abeilles tout le miel qu'elles ont passé plusieurs jours à recueillir.
Il m'a démontré que l'on se fait souvent dérober par autrui les richesses que l'on a très péniblement acquises.
"Attiré par la musique du chasseur, le cerf se fait prendre à son filet.
De la même façon, un sannyâsin tombera en esclavage s'il donne prise à moha ( illusion causé par le désir).
J'ai donc appris du cerf qu'un sannayâsin ne devrait pas prêter attention aux objets des sens.
"Incapable de maîtriser sa "langue", le poisson meurt après avoir été pris à l'hameçon.
Il m'a enseigné que quiconque ne maîtrise pas sa "langue" (c'est-à-dire son désir des choses savoureuses) souffrira. On doit maîtriser sa "langue".
"Un jour, après s'être joliment parée, Pingala la courtisane flânait en attendant un amoureux qui avait promis de lui amener de l'argent. Comme il n'arrivait pas, elle devint triste et abattue.
Son visage pâlit et l'angoisse la gagna. Elle rechercha la cause de son angoisse et comprit la nature douloureuse des plaisirs mesquins. Quand elle découvrit que la source de tout bonheur est le
Soi Suprême, elle atteignit le détachement (vairâgya).
En s'adonnant au culte du Soi Suprême comme son mari, elle atteignit le vrai bonheur de la connaissance (jnana).
De Pingala la courtisane, j'ai appris que le bonheur n'est pas à l'extérieur et que la seule chose qui vaille d'être recherchée, c'est le bonheur du Soi.
"J'ai appris de l'enfant qu'il nous faut être indifférent à l'honneur et au déshonneur.
"Je vais maintenant te raconter l'histoire de la petite fille.
Une fois, tandis que ses parents n'étaient pas au village, plusieurs personnes vinrent la demander en mariage. Elle voulut tous les nourrir, mais quand elle commença à moudre le paddy (riz non
décortiqué) elle-même afin d'avoir du riz à cuisiner pour eux, elle se sentit gênée à cause du bruit que faisaient ses bracelets. Après qu'elle en eut ôté un de chaque main, le bruit cessa.
Cet acte de la petite fille m'a fait comprendre qu'un yogi devrait toujours rester seul.
"Du faiseur de flèches, j'ai appris que l'on devrait toujours rester concentré sur ses objectifs.
"Le serpent vit heureux dans le trou creusé par le rat.
De ce serpent, j'ai appris à vivre heureux dans la maison d'autrui.
"J'ai un vingt-cinquième gourou : c'est mon corps.
Ce corps est la cause de ma connaissance (jnâna) et de mon détachement (vairâgya).
M'étant fondu en Hari (Dieu), le Soi, avec amour et dévotion, mon état est maintenant identique à l'état de celui qui ne sait rien."
C'est ainsi que Dattatreya enseigna à Yadu Maharaj toute la connaissance (jnâna) qu'il avait acquise grâce à ses vingt-cinq gourous.
