1. Ecoute ! Il se tient Mont Impassible. Son action est mystérieuse. Elle dépasse l'entendement humain.
Depuis l'âge de l'innocence avait brillé dans mon esprit la pensée qu'Arunachala était quelque chose d'une grandeur transcendantale,
mais même lorsque j'appris par un autre que c'était la même chose que Tiruvannamalai, je ne me rendis pas compte de sa signification
(à savoir que c'était au mont).
Lorsque attiré par Lui qui rassérénait mon esprit, je m'en approchai, je le vis se dresser immuable.
2. " Qui est le voyant?"
Lorsque je cherchais vers l'intérieur, j'assistais à la disparition du voyant et de ce qui lui survivait. Aucune pensée, telle que "je voyais", ne se levait ;
Dès lors, comment la pensée "je ne voyais pas" pouvait-elle apparaître? Qui a le pouvoir de communiquer ceci avec des mots, quand bien même Toi ne pouvais le faire jadis (apparaissant en tant que
Dakshinamurti) que par le silence?
C'est seulement pour communiquer par le silence Ton Etat (ineffable) que Tu Te dresses comme une montagne qui brille de ciel en terre.
3. Quand j'approche, Te regardant comme doué de forme, Tu es rocher sur terre. Si (avec le mental, le scrutateur) cherche Ta forme Sans-forme, il est comme celui qui parcourt la terre pour
découvrir l'éther (partout présent). Se fixer sans pensée sur Ta nature (illimitée) c'est perdre sa propre identité comme une poupée de sucre lorsqu'elle vient en contact avec l'océan (de nectar)
; et lorsque j'en viens à réaliser qui je suis, à qui donc est cette identité mienne si ce n'est à Toi,
Ô Toi qui Te tiens en tant que sublime Mont Aruna ?
4. Chercher Dieu alors qu'on T'ignore Toi qui est Etre et Conscience, c'est aller avec une lampe à la recherche de l'obscurité.
C'est seulement pour Te faire connaître en tant qu'Etre et Conscience, que Tu résides dans différentes religions sous (des noms) et des formes différentes.
Si (cependant) les hommes ne (parviennent pas) à Te connaître, ils sont assurément les aveugles qui ne connaissent pas le Soleil.
O, Arunachala le Grand, Toi Gemme sans pareille, demeure et brille en tant que mon Soi, Un sans second !
5. Tout comme le fil dans (un collier) de perles c'est Toi qui dans Ton Unité pénètres toute la diversité des êtres et des religions. Si, comme une pierre lorsqu'elle est taillée et polie,
le mental (impur) est ouvré contre la meule du mental (pur) pour être débarassé de ses défauts, il prendra la lumière de Ta Grâce (et brillera) comme un rubis dont le feu est inaffecté par un
quelconque objet au soleil, peut-elle encore être impressionnée?
O doux et éblouissant Mont Aruna ! Y a t-il vraiment quelque chose à part Toi.
6. Tu es Toi-même l'Etre Un, toujours en éveil en tant que le Coeur qui brille de soi-même ! En Toi il est une puissance
mystérieuse (Shakti) qui sans Toi n'est rien. D'elle procède le fantôme du mental avec ses brumes noires subtiles et cachées, qui, illuminées par Ta Lumière (de Conscience) réfléchie sur elles,
apparaissent intérieurement comme des pensées : tourbillonnant dans les vortex de prârabdha et se développant ensuite dans les mondes psychiques, ces pensées sont projetées vers l'extérieur en
tant que le monde matériel, pour être transformées en objet concrets grossis par les sens extériorisants et se mouvant comme des images cinématographiques. Visibles ou invisibles,
Ô Mont de Grâce, sans Toi elles ne sont rien !
7. Tant qu'il y a la pensée 'je', il n'y a pas d'autre pensée. Tant que d'autres pensées apparaissent, (la question) "A qui?" appelera la réponse " A moi".
Celui qui poursuit cet examen en s'interrogeant : Quelle est l'origine du "je", et plongeant intérieurement, atteint le siège du mental dans le Coeur, devient
(là-dedans) le Souverain Seigneur de l'Univers.
O, Océan Illimité de Grâce et de Splendeur appelé Arunachala, dansant sans mouvement à l'intérieur de la cour du coeur ! Là il n'y a plus de rêve correspondant à des dualités telles que dedans et
dehors, bien et mal, naissance et mort, plaisir et douleur, ou encore lumière et obscurité.
8. Les eaux s'élèvent de la mer et forment des nuages, puis elles retombent en pluie et retournent à la mer sous forme de rivières ; rien ne peut les empêcher de revenir à leur source. De
même on ne peut empêcher l'âme qui a surgi de Toi de retourner à Toi, bien qu'elle soit entraînée dans de nombreux tourbillons en chemin. Un oiseau qui s'élève de terre et prend son essor dans le
ciel, ne peut trouver aucun lieu de repos en l'air, mais doit revenir à terre.
Ainsi tous doivent assurément revenir sur leur pas, et lorsque l'âme elle-même trouvera le chemin vers sa source, elle sombrera et fondra en Toi,
Ô Arunachala, Toi Océan de Béatitude !
