Pourquoi, si Dieu est parfait, permet-il le mal?
Pourquoi un Dieu omnipotent permet-il la souffrance, alors qu’il a le pouvoir de l’abolir d’un coup?
Tels sont les paradoxes auxquels se heurtent depuis des siècles les philosophes et surtout les théologiens.
Sri Ramana évitait la difficulté en disant que Dieu, ainsi que l’âme individuelle qui souffre, étaient des inventions de l’esprit.
Au lieu d’attribuer la souffrance aux fruits de nos mauvaises actions ou à la volonté de Dieu, Sri Ramana enseignait qu’elle apparaissait pour la seule raison que
nous imaginons être des individualités séparées en interaction les unes avec les autres ainsi qu’avec le monde.
Ils disait que les mauvaises actions participent à la création de la souffrance et doivent donc être évitées, mais elles n’en sont pas la cause première.
C’est l’esprit qui crée le sens de séparation, et c’est lui qui souffre des
conséquences des illusions qu’il a engendrées.
La souffrance est donc le produit et l’effet de l’attitude discriminante de l’esprit ; quand l’esprit est éliminé, la souffrance s’avère non existante.
Beaucoup d’interlocuteurs pouvaient comprendre cette idée sur un plan individuel, mais acceptaient difficilement que toute la souffrance du monde puisse n’exister
que dans l’esprit de la personne qui la perçoit, Sri Ramana était inflexible sur ce sujet et répétait que si l’on réalisait le Soi, on comprendrait que toute la souffrance, et pas seulement la
sienne propre, est dépourvue d’existence.
En poussant cette idée au bout de sa logique, Sri Ramana disait souvent que la meilleure façon d’éliminer la souffrance chez les autres était de réaliser le Soi.
Ce point de vue ne doit pas être interprété dans le sens que Sri Ramana encourageait ses disciples à se désintéresser de la souffrance des autres. A un niveau plus pragmatique, il disait qu’avant
la réalisation du Soi, il fallait accepter la réalité de la souffrance des autres, et faire son possible pour la soulager chaque fois que l’occasion se présentait.
Mais, pour que cela soit vraiment bénéfique, il fallait le faire, sans penser « il y a des gens qui sont moins heureux que moi » ou bien « je suis en train d’accomplir une bonne
action ».
Dans l’ensemble, la question de ce que l’on doit ou ne doit pas faire dans le monde, présentait peu d’intérêt pour Sri Ramana. Pour lui, toutes les conventions sur ce qui est juste ou faux
n’étaient que jugement de valeurs élaborés par l’esprit, et, quand ce dernier cessait d’exister, les notions de juste et de faux cessaient également d’avoir cours. Il parlait rarement des règles
conventionnelles de moralité et, quand ont le pressait de donner son opinion, il disait que l’action « juste » était de découvrir le Soi.
QUESTION :
Dans cette vie enfermée dans ses limitations, comment pourrai-je jamais réaliser la béatitude du Soi?
MAHARSHI :
Ce bonheur suprême du Soi est toujours avec vous et vous le trouverez si vous le cherchez avec ardeur.
La cause de votre détresse est dans votre ego ; elle n’est pas dans le monde extérieur.
Vous vous imposez des limitations, et vous faites ensuite des efforts désespérés pour vous en débarrasser
Toutes les misères sont causés par l’ego, c’est de lui que vient tout le trouble.
A quoi vous sert d’attribuer à des événements extérieurs la cause de votre misère, alors qu’elle est en vous? Quel bonheur pouvez-vous tirer de choses étrangères à
vous-même ? Quand vous les obtenez, combien de temps cela dure-t-il?
Si vous rejetiez l’ego et si vous le desséchiez en l’ignorant, vous seriez libre. Si vous l’acceptez, il vous imposera ses limitations et vous entraînera dans une
lutte vaine pour les transcender.
Etre le Soi, ce que vous êtes en réalité, est la seule façon de réaliser le bonheur suprême qui vous appartient depuis toujours.
QUESTION :
Le monde a-t-il été crée pour le bonheur ou pour la souffrance ?
MAHARSHI :
La création n’est ni bonne ni mauvaise ; elle est comme elle est.
C’est l’esprit humain qui bâtit sur elle ses superstructures, qui voit les choses de son propre point de vue, et qui les interprète dans le sens de ses intérêts.
Une femme est essentiellement une femme, mais l’esprit va l’appeler tantôt « mère », tantôt « soeur », tantôt « tante »,ainsi de suite.
Les hommes aiment les femmes, détestent les serpents et sont indifférents à l’herbe et aux pierres qui sont sur le bord de la route. Ces jugements de valeur sont la
cause de toutes les tribulations du monde.
La création, c’est un peu comme un grand arbre : les oiseaux viennent en manger les fruits ou s’y abriter, les hommes se rafraîchissent à son ombre, mais certains
peuvent se pendre à une branche.
Pourtant l’arbre poursuit tranquillement sa vie, sans être ni concerné ni conscient de l’usage que l’on fait de lui. C’est l’esprit humain qui crée ses propres
difficultés et ensuite appelle à l’aide.
Dieu serait-il partial au point de donner la paix à une personne et du tourment à une autre?
Dans la création, il y a de la place pour toute chose, mais l’homme refuse de voir ce qui est bon, ce qui est beau, ce qui est sain .
Au lieu de cela, il pousse des gémissements comme un affamé assis à côté de plats délicieux, et qui au lieu d’étendre la main pour calmer sa faim, n’arrête pas de
se lamenter en se demandant si sa faim est la faute de Dieu ou des hommes.
QUESTION
Si Dieu est partout , pourquoi les individus souffrent-ils du résultat de leurs actes?
MAHARSHI
Celui qui pense qu’il est l’auteur de l’acte est aussi celui qui souffre.
QUESTION
Mais c’est Dieu qui incite l’homme à l’action et l’individu n’est que son instrument.
MAHARSHI
Cette logique ne s’applique que lorsque nous souffrons, pas lorsque nous nous réjouissons. Si nous avions toujours la même conviction, la souffrance non plus
n’existerait pas;
QUESTION
Quand la souffrance cessera-t-elle?
MAHARSHI
Elle ne cessera pas tant que vous n’aurez pas perdu votre individualité. Si les actions bonnes et mauvaises Lui appartiennent, pourquoi penser que souffrance et
plaisir vous appartiennent ?
Celui qui fait le bien et le mal ressent aussi le plaisir et la douleur. Laissez tout cela et ne vous infligez pas de souffrance supplémentaire.
QUESTION
Comment pouvez-vous dire que la souffrance est dénuée d’existence? Je la vois partout.
MAHARSHI
Notre propre réalité, qui est le Cœur resplendissant dans chacun de nous, est un océan de félicité sans mélange.
La souffrance n’existe pas plus que le couleur bleue du ciel, c’est une idée que l’on se fait et qui n’est qu’une illusion causée par notre sens erroné de
l’individualité. Personne n’a jamais ressenti autre chose que cette illusion. Celui qui examine avec attention son propre Soi, qui est félicité, ne ressentira aucune souffrance tout au long de sa
vie.
Nous souffrons parce que nous identifions ce corps, qui n’est pas nous-même, au « je ».
La souffrance est entièrement due à cette illusion.
QUESTION
Je souffre à la fois dans mon esprit et dans mon corps. Pourquoi est-ce que je souffre ainsi?
MAHARSHI
Vous dites que votre esprit et votre corps souffrent. Mais est-ce qu’ils posent eux-mêmes cette question? Qui pose la question?
N’est-ce pas quelqu'un qui est au-delà de l’esprit et du corps?
Vous dites que le corps souffre dans cette vie, mais que la cause en est peut-être dans une vie antérieure.
S’il en est ainsi, la cause de cette vie est la vie précédente et ainsi de suite.
C’est comme dans le cas de la graine et de la pousse, nous avons affaire à une chaîne causale sans fin, remontant à l’infini. Toutes les vies ont leur cause
première dans l’ignorance. C’est cette ignorance qui doit être enlevée par jnana
« Pourquoi et à qui est arrivé cette souffrance? » Si vous posez la question ainsi, vous trouverez que le « je » est distinct de l’esprit et du corps, que le Soi est le seul
être éternellement existant et qu’il est félicité éternelle. C’est cela la connaissance.
QUESTION
Quelle est la meilleure façon de travailler à la paix mondiale ?
MAHARSHI
Qu’est-ce que le monde? Qu’est-ce que la paix et, qui est l’artisan de la paix?
Le monde n’existe pas dans votre sommeil, et les formes sont une projection de votre esprit dans votre état d’éveil. La paix est l’absence de perturbation.
Les perturbations sont dues à l’apparition des pensées chez l’individu, c’est-à-dire au surgissement de l’ego à partir de la pure conscience.
Apporter la paix veut dire être libre de pensées et n’être que pure conscience. Si l’on demeure en paix de cette façon, la paix règnera partout
AUSSI LONGTEMPS QUE VOUS VOUS CONSIDEREZ COMME LE CORPS, VOUS VOYEZ LE MONDE, AVEC SES IMPERFECTIONS APPARAÎTRE COMME EXTERIEUR A VOUS.
DIEU EST PERFECTION. SON ŒUVRE EST AUSSI PERFECTION.
MAIS VOUS LA TENEZ POUR IMPARFAITE A CAUSE DE VOTRE IDENTIFICATION ERRONEE.