Bhagavan raconte :
"Quand je vivais à la grotte de Virupaksha, bien des gens y venaient avec toutes sorte d'en-cas et de repas.
Beaucoup de visiteurs voulaient me forcer à manger de grands repas avec beaucoup de mets spéciaux tels que vadai et payassam.
Un jour, je décidai de jeûner de manière à donner un repos complet à mon estomac.
Je savais qu'il était dangereux de rester à la grotte de Virupaksha :
des visiteurs pouvaient arriver avec de la nourriture pour moi.
Aussi partis-je pour une longue promenade à travers la forêt, du côté sud-ouest de la montagne.
Tandis que je marchais au milieu de cette forêt, sept femmes me suivaient.
Chacune portait un ballot sur la tête.
Quand elles me virent, je les entendis parler entre elles.
"Celui qui marche devant nous est notre Swâmi."
Quand elles furent convaincues que j'étais bien 'le Swâmi", elles coururent vers moi.
L'une d'elles dit :" Swâmi, s'il vous plaît, assseyez-vous et prenez un peu de notre nourriture."
Une des femmes me donna des iddlies,
une deuxième du murukku (un entremets frit, non sucré, dur et crousitllant)
une troisième un dosa ( crêpe faite de farine de riz et de variété de pois) etc etc.

Elles rivalisèrent ainsi l'une avec l'autre pour me servir leur différents mets.
Après avoir mangé et pensé : "Ah! quel bon jeûne je fais aujourd"hui", je m'éloignai d'elles.
Je m'imaginais échappper à ces dames, mais elle me crièrent :
"Swâmi, il vous faudra être prêt pour votre déjeuner à midi. Nous ne vous oublierons pas."
Puis elles partirent en direction de la montagne.
Ne voulant pas qu'elles me rattrapent plus tard dans la journée, je marchai lentement sur une courte distance, puis m'assis au pied d'un arbre pour me reposer à
l'ombre.
Vers midi, les femmes sortirent de la forêt et se dirigèrent droit vers moi. Tandis qu'elles s'approchaient, elles insistèrent pour que je les emmène à un endroit où elles trouveraient de l'eau
potable.
Je les emmenai dans la forêt à Sona Tirtham, me disant :
"Quel merveilleux upavâsam (jeûne) j'ai fait aujourd"hui."
Quand les femmes eurent fini de boire, elles me demandèrent de m'asseoir et de manger. Elles étalèrent une feuille de bananier devant moi et me servirent des plats
des six saveurs, (sucré,acide, salé, amer,astringent, et âcre)
comprenant riz, légumes, sambar, rassam, vadai et payassam.
Je me dis : "O seigneur ! Ce que j'ai mangé ce matin était suffisant pour trois jours. Comment pourrais-je manger tout ceci ?
J'avais la sensation d'être entrain d'étouffer.
"Swâmi", demanda l'une des femmes,
"Pourquoi cette attitude?, Mangez comme si nous étions toutes Unnamalai
(est le nom local de Pârvâti,
l'épouse de Shiva)
en train de vous servir."
C'est ainsi que ces dames me donnèrent une instruction spirituelle (upadesa).
Aussitôt que j'eus fini de manger, elles partirent en disant :
"Swâmi depuis notre naissance, jamais encore nous n'étions venues dans cette forêt, mais aujourd'hui nous sommes venues y ramasser des
feuilles."
Soudain, elles disparurent toutes.
"Oh ! voilà des personnes fûtées",
pensai-je, et je continuai mon pradakshina en traversant lentement la forêt.
Puis, avec l'intention d'aller m'asseoir dans le Vetrillai Mandapam, je sortis de la forêt.
Pendant ce temps, un dévot qui s'appelait Râmaswâmî Aiyer avait acheté deux mangues aussi grandes que des citrouilles. Il avait fait du rassam avec les mangues et
l'avait apporté à la grotte de Virupaksha avec du riz qu'il avait préparé.
Comme je n'étais pas là, il s'était demandé : "Où est le Swâmi ?"
Entendant les gens dire : "Swâmi est peut-être allé faire le pradakshina de la montagne", il pensa :
"Swâmi sera entrain de faire le tour de la montagne dans le sens des aiguilles d'une montre, je vais le faire en sens inverse, aller à sa rencontre et lui
donner ce rassam et ce riz."
Râmaswâmi Aiyer me trouva juste au moment où je sortais de la forêt. En me voyant, il dit immédiatement :
"Swâmi, je suis allé à la grotte de Virupaksha pour vous voir mais je ne vous ai pas trouvé. Aussi suis-je venu à votre recherche sur
le circuit de pradakshina. Il vous faut, je vous en prie, prendre ce rassam à la mangue et ce riz."
Je lui racontai tous les incidents de la journée, y compris combien j'avais mangé, mais il ne voulut rien entendre de mes excuses. Il insista pour que je mange une
partie de sa nourriture;
J'en mangeai un peu avant de dire ;
"Assez ! Assez ! La punition d'aujourd'hui a été très bonne."
Puis je me mis en chemin pour rentré à la grotte de Virupaksha.
J'arrivais à peine à marcher.
Bhagavan poursuit en racontant un incident qui se produisit vers 1903 :
Un jour, Palaniswâmi (son serviteur à ce moment là), un autre homme et moi-même
nous nous promenions le long des berges d'un ruisseau du côté sud de la montagne. Nous vîmes une vieille dame qui cassait des brindilles sèches pour le feu au sommet d'un arbre. Je regardai pour
voir qui ramassait des brindilles pour le feu à une telle hauteur. Aussitôt la femme se tourna et me regarda.
Les deux mains tendues, elle me donna un upadesa:
"Hé! vous ! Puissiez-vous être jeté sur le bûcher funéraire(1) !
Pourquoi errez-vous partout dans la forêt au lieu de rester tranquillement assis à l'endroit où vous êtes ?"
"C'est vrai ,amma (mère), répondis-je vous avez raison", j'ai tort, vraiment tort. Je me donnerai une claque en punition."
Tandis que je pensai à cette histoire, je me tournai pour regarder la vieille femme, mais il n'y avait plus trace d'elle nulle part.
Interloqués, nous nous écriâmes : "Oh! Voilà encore une dame fûtée !" Puis, après avoir couru les bois pendant un moment, nous rentrâmes à la
grotte de Virupaksha.
(1)bûcher funéraire, c'est en tamil, une malédiction cordiale mais assez vulgaire. Bien que cela fût dit par plaisanterie, il était très inhabituel qu'une pauvre
ouvrière s'adresse à un Swâmi de cette façon.
Bhagavan a souvent raconté ces histoires. Parfois, quand il les racontait, il laissait ses auditeurs avec l'impression que les sept femmes qui l'avaient nourri et
la femme qui l'avait maudit étaient des esprits plutôt que des mortels ordinaires. Dans cette version-ci, le texte semble indiquer que la "dame futée au sommet de l'arbre s'évanouit dans les airs
après avoir maudit Bhagavan. Il paraît impossible qu'elle ait pu descendre de l'arbre et s'en aller sans que Bhagavan ou les deux autres hommes ne s'en aperçoivent.