Le mystère de l'acheminement vers
"La Pure Conscience"
L'Être individuel que tu appelles "Moi"
prenant sa forme de tourment
alors vint l'universelle Mâyâ.
Qui jamais dira Mâyâ
-et son vaste océan de misère-
Mâyâ, qui est corps, chair, sens, tout-pénétrant éther,
feu, air, eau, et terre.
et aussi collines, forêts, des monts visions immenses
-monts de rocs et monts subtils-`
qui aussi est oubli et mémoire
-vague après vague surgissante
battant d'assaut la créature,
porteuse de peine et de plaisir,
au gré des actions passées,
porteuse aussi de leurs remèdes
qu'on appelle croyances, religions, quête divine,
et des témoins et des sanctions qu'offrent les sciences,
bien expliquées par la logique,
-et toutes et tous plus nombreux que ne sont
les grains menus du sable sur la rive des mers.
Gerbe après gerbe, voici
la moisson des tourments sans nombre.
Comment les arracher, ensemble, tous, pour toujours,
comme si tu brîlais en un grand brasier
une montagne de camphre qui ne laisse point de cendre ?
Pour faire son miracle, afin de m'éclairer,
la Grâce prit forme.
Forme mienne, comme mienne,
qui mange et dort, connaît joie et peine,
porte un nom, naquit quelque part,
-parut la Grâce-
parut le Gourou silencieux
comme le daim placé par le chasseur
pour attirer un de sa race,
Et réclama son corps, ce que j'avais,
tenais et ma vie même,
et inlassable me dépouilla
"tu n'es membres, ni intelligence, ni leurs attributs,
ni aucun d'eux, ni tous ensemble,
ignorance, ni savoir, ni corps.
Tu es pure conscience
entière comme cristal et libre comme cristal
mais réfléchissant, pour qui regarde le décor ;
tandis que Je suis, Moi, ton être intérieur
te révélant la vérité
car j'ai su que tu es mûr pour elle".
Si tu veux l'atteindre, la Conscience qui
est Béatitude et Eternité
-coeur même de chacun et de tous,
demeure profonde, demeure intime de ta fraîcheur,
Ô Grâce -
écoute, je te dis la route.
Atteins-le, ce coeur même, ce pur coeur,
et qu'il soit à jamais ta demeure !
Que l'épaisse ignorance pour toi se dissipe !
Que tombent tes chaînes !"
Ainsi dispensant
la connaissance vraie du Silence unique
de toutes limites destructeur
et où ne sont
méditation, ni ego, ni espace, ni temps,
ni direction, ni association, ni élimination,
ni différenciation, ni expression,
ni nuit, ni jour,
ni fin, ni commencement, ni milieu,
ni intérieur, ni extérieur,
ni composé d'aucune de ces choses.
Il dit encore, le Gourou en silence,
que ces choses une fois disparues,
"Cela" qui demeure, cela n'est pas vide,
que c'est l'Être vrai éternel
que les mots ne savent exprimer,
le tout-embrassant Réel,
qui a dévoré l'ignorance comme le jour dévore la nuit
-métamorphosant l'être en lui-même-
en silence Il luit lumineux de sa propre lumière.
Parce qu'Il s'est révélé, nul ne peut paraître,
et tout autre soudain s'éteint
comme le camphre qui finit de brûler sans laisser de lueur
et Il luit par delà qui voit
et par delà qui sait
et par delà le savoir et ce qui est à savoir.
Mais qui peut Le dire ?
en quels mots ? et à qui ?
Ils l'ont vu, les rois Janaka, et Souraka,
et d'autres qui demeurèrent comme l'abeille ivre de miel.
La bénédiction du Gourou m'aide à l'atteindre !
Je ne prendrai de repos
que je ne l'aie trouvé
-Nirvika Samâdhi, Félcicité sans limites
que seule la Grâce donne.